Electrolab Il faut utiliser les choses comme elles doivent etre utilisees… ou pas !

5Sep/18Off

Portrait d’Electrolab : Baddy

Posted by Yannick Avelino

Interview de Benoit Greslebin, fondateur de la start-up Baddy
https://www.baddy.space/

Peux-tu nous parler de ton projet de lanceur de volant de badminton ?
Le badminton est un sport très populaire (le badminton est aux sports de raquettes ce que le foot est aux sports de ballons). Les lanceurs de volants sont prisés des clubs et des joueurs, mais jusque-là, il n'existait que des solutions très onéreuses (non accessibles pour 90% des joueurs/clubs), obsolètes (non digitales, sans roadmap ni véritables innovations) et surtout basées sur des modèles technologiques propriétaires et centralisés. Dans un contexte de marché de niche, tout ceci rime très souvent avec prix élevés, mauvaise expérience client, très peu d'innovation et des investissements anecdotiques. Le projet BADDY est né de ce constat et se repose sur un modèle libre, décentralisé et durable. BADDY est le premier robot badminton DIY à monter soi-même, et à réparer soi-même. La réduction des prix d'un facteur 8 par rapport à ses concurrents le rend accessible à tous les clubs. L'ensemble des tutoriels de montage et d'entretien disponibles online, ainsi que les pièces de rechange. Avec BADDY, je ne jette pas, je répare.

Comment as-tu découvert l’Électrolab et en quoi a-t-il servi le développement de Baddy?
L'Electrolab est un lieu exceptionnel. Le projet BADDY a une ligne de conduite claire (basée sur une approche dite Océan Bleu) : proposer un maximum de valeur pour un coût d'investissement maîtrisé. L'Electrolab est une chance énorme pour tout entrepreneur qui veut développer son projet Hardware. C'est un environnement stimulant, avec les outils de l'Industrie, des personnalités avec des compétences incroyables qui sont là pour partager leur expérience, leur savoir-faire, pour proposer des recommandations sur tel ou tel choix de design, tant au niveau mécanique, électronique, logiciel etc.
J'ai découvert l'Electrolab par le bouche-à-oreilles, un ami d'ami qui est passé faire une visite "visite du mardi". Ce lieu mériterait d'être connu de tous les entrepreneurs, et dépasse de loin ce que vous trouvez dans les espaces de prototypage chez les incubateurs classiques. Il se dégage de l'Electrolab quelque chose de différent, de vrai, une énergie toute spéciale amenée par ses membres exceptionnels, une intelligence collective, ainsi qu'une bienveillance qui vous mettent en confiance.
Tout est possible, mais il faut savoir où vous voulez aller, avoir une vision pour votre projet. C'est aussi à l'Eletrolab que j'ai rencontré les entrepreneurs/freelances qui contribuent au projet BADDY. L'Electrolab est une famille d'experts, de passionnés qui, en plus, partagent leur savoir-faire. Au-delà de la collaboration, il y a le partage.

La communauté a donc été un apport important pour ce projet, qu’en est-il des outils ?
Les outils utilisés ont été pris autant que possible dans le monde du libre - Premiers dessins sur FreeCAD, Inkscape, puis KiCAD pour l'électronique, puis naturellement, nous sommes passés sur des outils propriétaires (e.g Fusion), car nos outils libres ont encore du chemin à faire pour atteindre les exigences de l'Industrie.

Tu as tenté une campagne de crowdfunding qui a loupé son objectif, comment cela a-t-il influencé la suite ?
L'objectif premier de la campagne Kickstarter lancée l'an dernier était de confirmer qu'il y a bien un marché pour BADDY, et surtout arriver à caractériser ce marché/personas tout en optimisant notre positionnement. Nous avons confirmé qu'il y avait bien un marché pour BADDY, mais que cela resterait un marché de niche, spécialisé, et que nos clients seraient essentiellement des clubs, des coachs et des joueurs passionnés.
La campagne a confirmé qu'il y avait un réel intérêt pour le libre, mais le côté DIY était plus difficile à faire accepter à la communauté. C'est d'ailleurs là-dessus que nous concentrons nos investissements, faire en sorte qu'il soit à la portée de tous de monter son robot, et surtout rassurer. La campagne avait donc rempli pleinement ses objectifs. Quant à nos ambitions de campagne (50k€), elles étaient bien trop importantes pour un tel marché de niche, et surtout avec le peu de moyens marketing que nous avions.

Tu viens de monter une entreprise pour développer ce projet, comment envisages-tu le futur de Baddy ?
Nous venons de lancer notre version BADDY V2, et vendons aujourd'hui entre 30 et 40 BADDY par mois grâce à des partenariats avec les ligues de badminton (e.g Ligue Badminton Île de France/LIFBAD), ainsi que des coachs digitaux. La communauté se développe (150 membres aujourd'hui, société lancée en mars 2018).
Le futur à court terme de BADDY est très simple : développer les ventes USA / Australie, et développer le volet digital. A moyen terme il faut viser le grand public. Lorsque j'amène BADDY dans un parc, je me rends compte du potentiel énorme qu'il a : les gamins l'adorent et ne peuvent plus s'en passer. Nous allons démocratiser encore plus notre offre (385 € reste encore trop cher pour le grand public) - avis aux investisseurs pour nous accompagner dans cette aventure !

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10Juil/18Off

Fetes de quartier a Nanterre

Posted by Flax

Comme tous les ans depuis le début de l'asso, nous tenons un stand pour la fête de notre quartier : "Chemin de l'Île".
On on y a parlé du Lab, on y a fait souder des Dominoux (la première version, même), des Electraudio, et ... on remet ça cette année !

Personnellement, j'étais présent à la fête du parc (samedi 9 juin), donc je vais principalement parler de celle-là, mais il y a aussi eu la fête des bords de Seine le 23 juin. Voir le topic complet sur le forum.

Cette année nous avons un stand au même endroit que l'an dernier. Nous y avons prévu:

  • Une démo d'imprimante 3D, ça fait toujours son petit effet. On a pris notre ROBOXDUAL (un don récent, plutôt robuste) plutôt qu'une Ultimaker (plus fragile, compliqué à transporter).
  • Une tortue-Logo, que l'on a ressorti de la vitrine pour l'occasion 🙂
  • Un robot suiveur de ligne,
  • Un bras-robot motorisé,
  • Un robot roulant motorisé "autonome" (hum ...)
  • Diverses autres petites choses, des pièces de fonderie, des dessins faits avec la brodeuse numérique ... Pour montrer ce qu'on sait faire au Lab 😀
    Au total nous étions une demi-douzaine de membres à tenir le stand.

La tortue Logo est un appareil intéressant. Il s'agit d'un petit robot roulant, pouvant dessiner sur son chemin, et qui est commandé via un pupitre de commande disposant d'un lecteur de cartes perforées, chaque carte permettant de faire effectuer à la tortue un mouvement suivant une instruction en Logo.

Et parce qu'on est au XXIe siècle -> il y a même un émulateur Logo en ligne !

Alors, comment ça marche ? On met le crayon dans le tube central de la tortue, on pose la tortue sur un tableau blanc, il y a un jeu de cartes, chacune étant une instruction en logo, à chaque fois qu'on en glisse une dans le lecteur la tortue va effectuer le mouvement correspondant à la carte et donc dessiner en conséquence sur le tableau : avancer 10 cm, tourner gauche 90°, arc de cercle droit 90°, etc. Et "lever crayon" et "baisser crayon", pour pouvoir se déplacer sans écrire et faire des formes discontinues. Il y a mêmes des cartes permettant d'enregistrer des séquences complètes d'instructions : on enregistre à l'avance les différents mouvements que l'on veut que la tortue exécute, puis on lance le programme, et la tortue va faire le dessin voulu ... sauf s'il y a erreur dans le programme :p Et même si on se trompe, ça peut faire des résultats rigolos.

A droite la tortue Logo, à gauche le robot suiveur de ligne. La miniaturisation en images.

Miam ! De la bonne vieille technologie discrète old-school des 80's ! Ow boy, that's so vintage I can't stand it ... Et ce truc est plus vieux que moi et il est encore parfaitement fonctionnel - pas comme moi 🙁

Marrant comme ça marche encore en 2018, les enfants adorent ! Il y avait tout le temps des gamins à jouer avec. Comme quoi l'approche "philosophie de l'éducation" du concept a du sens. Jouer avec ce genre de robot permet d'apprendre à anticiper un programme de déplacement, avec une interface accessible et simple d'usage, et un résultat visuel immédiat, bref, ça a toutes les caractéristiques du système d'apprentissage bien pensé et bien conçu. Bon, ça ne va évidemment pas être suffisamment pour transformer n'importe quel gamin en futur Mark Zuckerberg / Elon Musk, mais ... bon, honnêtement c'est peut-être mieux comme ça 😉

Le bras-robot s'est bien fait martyriser. Il faut dire, qu c'est un peu de la provocation un jouet comme ça laissé entre les mains d'enfants :p Heureusement que j'avais ma fidèle station de soudure made-in-Electrolab pour faire les réparations sur place. Chirurgie en temps de guerre mon bon monsieur ! Le robot suiveur de ligne a un comportement assez aléatoire, mais ce n'est pas surprenant en extérieur, il y a trop de lumière à cause du soleil, et il est clairement conçu pour se repérer grâce aux lumières tamisées d'intérieur. Le robot autonome a, quand à lui, un comportement parfaitement aléatoire :-/ mais je remets en doute sa programmation correcte. Ou alors c'est voulu ? Dans tous les cas c'était plutôt marrant.

En parallèle, plein d'adultes sont venu-e-s nous poser des question sur ce qu'on fait, où on est situés, etc. Évidemment, ça fait partie du but de notre venue dans des fêtes de quartier : parler de notre activité, et montrer que la technique ce n'est pas forcément des choses complexes et réservées à des experts ou des initiés. Parfois, c'est simple comme une impression 3D ou une tortue-Logo.

On a lancé une impression à midi, histoire que l'imprimante tourne, pour la démo. On a lancé le premier projet qui traînait sur le laptop qu'on a amené, un modèle de petit robot - le logo de la MakerFaire en3D. Un petit modèle ... Avec un taux de remplissage de 80% \o/ et 4.5 heures de temps d'impression :p Bon, au moins ça nous l'occupera tout l'après-midi. Mais vu qu'il y a eu alerte-orages on nous a demandé de tout démonter à 17h. L'impression n'était pas finie :.( Et l'orage n'a pas eu lieu >:(

Quelques semaines plus tard avait lieu la fête des bords de Seine. Classiquement on y a un petit stand "custom", on y présente nos activités, et on propose une animation "Sciences et Techniques" aux habitants de notre quartier. Cette année on a fait un atelier "montage et personnalisation de bras-robot hydraulique".

Une création de 3dsman !

Dommage que je n'ai pas pu y venir (j'étais en concert à Montreuil #rockstar), en tous cas il y avait beaucoup de membres pour tenir le stand 🙂

Un grand merci aux nombreux membres qui ont participé à l'animation des stands et à la logistique ! Un grand merci à Coline pour l'orga ! Un grand merci aux équipes de la mairie pour l'accueil et la supervision !

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4Juin/18Off

Coupe d’Ile-de-France de robotique 2018

Posted by Sebastien

Cette année, victime de son succès et limitée par la surface disponible, la coupe d’Île-de-France organisée les 2 et 3 juin par L’Électrolab et AIRISEP a dû refuser des équipes (19 inscrits pour 14 places).

Nous sommes partagés entre la déception de ne pas avoir réussi à accueillir tout le monde et une certaine fierté pour l'adhésion remportée par cette 3ème édition.

Nous avons donc reçu une quinzaine d’équipes venues des quatre coins de France (et au-delà, puisque nous avons été rejoints par une équipe suisse). La validation des participations ayant été faite "par ordre d'inscription", un grand nombre des malheureux "recalés" a quand même fait le déplacement pour contribuer à la fête en tant que spectateurs.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le principe : la coupe d’Île-de-France (cdridf) reprend chaque année le règlement de la coupe de France de robotique organisé à La Roche-Sur-Yon par l’association Planète Sciences.

Deux à quatre robots autonomes (1 ou 2 par équipe) s’affrontent dans des épreuves de vitesse et de dextérité sur une table de 2x3m.

Les contacts entre robots sont interdits et peuvent entraîner des sanctions, voire un forfait.

Un thème est choisi chaque année et les épreuves varient selon l'inspiration des auteurs du règlement : reconnaissance de couleur, manipulation de balles, blocs, cylindres, tri, déplacement…

Les challenges sont nombreux et c’est un moyen intéressant de découvrir et résoudre les problématiques posées par les robots autonomes.

Le concours est ouvert à tous mais les équipes sont souvent constituées d’étudiants en écoles d’ingénieurs ou IUT. De nombreuses associations (parfois fondés par d’anciens étudiants d’ailleurs) y participent aussi.

Bien que des équipes dotées de moyens très importants participent, les règles et barèmes de points sont adaptés pour que de joueurs plus modestes puissent réaliser des scores intéressants.

La coupe d’Île-de-France est l’occasion pour les équipes de finaliser leurs robots et pour le grand public de découvrir le monde de la robotique dans une ambiance ludique et festive.

Nous diffusons aussi chaque année les matchs en live sur Internet et tournons des interviews des différentes équipes qui nous présentent leurs robots (vous pourrez d’ailleurs les retrouver très prochainement sur notre chaîne youtube : https://www.youtube.com/user/ElectrolabFr ).

Cette année nous avons pu pousser le vice jusqu’à retransmettre la cérémonie de remise des trophées avec une caméra en extérieur, ou encore d'inaugurer des prises de vue embarquées sur les robots (on aime bien les défis techniques, nous aussi :p).

L’organisation de cet événement fait chaque année appel à de nombreux bénévoles sur plusieurs jours. Sans eux cet événement ne pourrait pas se tenir et nous les remercions pour leur engagement et leur motivation sans failles.

Le succès de cette édition prouve encore que la demande pour des coupes locales est importante.

Associations de robotiques, n’hésitez pas l’année prochaine : organisez-en chez vous ! 😉

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15Avr/18Off

Motoriser une vielle a roue ?

Posted by Flax

A la base, j'avais un objectif en arrivant au Lab : fabriquer des circuits audio. Des projets pour moi (pédales d'effet, amplis ...) mais aussi des circuits pour des œuvres d'art numériques, dans le cadre d'un autre association dont je suis partie prenante : Trublion.

En particulier, nous travaillons beaucoup avec un luthier habitant près de Strasbourg : Léo Maurel.

Il réalise des instruments basés sur le principe de la vielle à roue. Sur certaines de ses nombreuses créations, il procède à la motorisation de la roue, ce qui permet d'obtenir des sonorités intéressantes, et surtout cela modifie la méthode de jeu, permettant par exemple de jouer à deux main, la rotation de la roue ne monopolisant pas une main grâce à cette motorisation. Pour le contrôle de la rotation du moteur, il utilise la plupart du temps un petit variateur fixe, qui permet de faire varier la vitesse de rotation du moteur avec un potentiomètre.

Léo souhaitait augmenter l'expressivité de l'instrument, d'une façon générale, mais surtout pour un exemplaire particulier. En effet, l'artiste Tarek Atoui a demandé à Léo de fabriquer une instrument qu'il intégrerait à une exposition dans le cadre de l'inauguration de la nouvelle Tate Modern, musée d'art contemporain à Londres. Heureuse coïncidence, cette commande est arrivée au moment où Émilien, fondateur de l'asso Trublion, décide de contacter Léo, suite à de nombreuses recommandations. Léo nous a donc demandé si nous pouvions concevoir un système permettant de faire varier la vitesse de rotation du moteur, pas de façon fixe avec un potentiomètre, mais de façon dynamique, en suivant un son. La projet BAB (Boîte A Bourdons) était né.

J'ai été chargé de mettre au point le circuit de commande de cette BAB. L'idée est donc de contrôler la vitesse de rotation du moteur en suivant l'enveloppe d'un son, de façon à ce que la roue réagisse à un son. De cette façon, l'instrument pourrait, par exemple, suivre l'amplitude de la voix d'un chanteur ou d'une chanteuse - si on y relie un micro, ou suivre un pattern répétitif avec précision - si on y relie une boîte à rythmes. Le système serait une extension de l'instrument, qui se connecterait sur la prise d'alimentation de l'instrument (le circuit variateur est alimenté en 24V avec une alimentation externe). Un interrupteur sur l'instrument permettrait de sélectionner soit le variateur fixe d'origine, soit le nouveau circuit suiveur d'enveloppe pour le contrôle du moteur.

Quelques détails techniques : La première approche était de faire une extension du variateur d'origine, qui était un simple générateur de PWM à ~20kHz avec un 555, et un MOSFET en low-side pour le découpage de la tension moteur. L'alimentation du 555 est réalisée avec un 7812, ce qui permet d'isoler la commande et la puissance. La topologie autour du 555 est le classique circuit d'application générateur de PWM à fréquence fixe / rapport cyclique variable, avec deux diodes et un potentiomètre. C'est un circuit qui marche bien, et qui est simple à mettre en œuvre, mais qui a plusieurs défauts:

  • La fréquence n'est pas parfaitement fixe, elle varie légèrement avec le rapport cyclique,
  • Le 555 dans cette topologie a tendance à consommer énormément de courant sur les positions extrêmes du potentiomètre. Ce n'est pas un problème en soi puisqu'on est alimentés avec une alimentation secteur, mais le composant se met à chauffer, ce qui n'est pas bon pour la fiabilité. J'ai déjà utilisé ce circuit, dans un autre contexte, et quand on tourne le potar à fond d'un côté ou de l'autre, le 555 chauffe, beaucoup, vraiment beaucoup. Et c'est pas bon.
  • Le contrôle se fait par un potentiomètre uniquement, vu que le principe de base exploite la charge / décharge asymétrique d'un condensateur en circuit RC pour générer la MLI. Ce qui fait qu'il est difficile de contrôler le circuit par un autre type de commande (idéalement : commande en tension).
  • La commande du moteur en low-side, bien que simple et pas chère (un canal N c'est cadeau) fait que le freinage dépend fortement de l'inertie mécanique de l'instrument, ce qui diminue le contrôle qu'on peut avoir sur la rotation du moteur.

Le hack de ce circuit me semblant trop complexe, nous avons préféré ne pas réutiliser ce circuit, et nous avons re-conçu un circuit complet.

Vu que l'on ne devait faire qu'un seul exemplaire, le coût n'était pas vraiment un problème. L'échéance arrivant rapidement - nous n'avions que 3 mois pour concevoir et réaliser le circuit - il nous a semblé préférable de partir sur un système à commande numérique pour faciliter la mise au point. Notre architecture utilise au final une carte Nucleo (carte d'évaluation de chez ST) pour la génération du PWM, avec un circuit analogique pour la pré-amplification et la détection d'enveloppe, et un pont en H intégré pour la partie puissance. Le détecteur d'enveloppe fournit un signal analogique au MCU de la Nucleo, qui va générer un PWM proportionnel à l'amplitude du signal. Quelques potentiomètres de contrôle ont été ajoutés:
Gain, attack, release sur la partie analogique,
Trois contrôles pour la partie numérique, que nous avons assigné aux limites hautes et basse, ainsi qu'au gain de la fonction de transfert (ce sont donc des paramètres pour le MCU de la carte Nucleo, qui va adapter sa conversion amplitude -> vitesse moteur en fonction des positions des potentiomètres).

Le synoptique simplifié donne ceci:

Synoptique du circuit suiveur d'enveloppe

J'ai fait le schéma et le routage sous Kicad.
La fabrication a eu lieu en grande partie au Château FMR, à Carrière-sous-Poissy, et l'instrument a pu partir à Londres en temps et en heures.

http://www.makery.info/2016/06/14/la-lutherie-hybride-de-leo-maurel-et-trublion-a-la-tate-modern/
https://www.tate.org.uk/art/artists/tarek-atoui-24520/tarek-atoui-sound-physical-phenomenon (on peut voir Léo jouer de l'instrument à 2:08)

Nous avions fabriqué un autre exemplaire, que Léo a emmené avec lui au festival Le Son Continu. Les photos prises à cette occasion nous ont servi à alimenter le site de Trublion:

Léo a eu des retours très positifs de joueurs de vielle qui avaient testé notre boîtier de commande à cette occasion. Léo a donc re-contacté Trublion pour savoir s'il était possible de développer une version simplifiée de ce boîtier suiveur d'enveloppe, de façon à ce qu'il puisse le vendre en extension de son instrument. Je me suis attelé à la conception de ce nouveau boîtier, la deuxième version du suiveur d'enveloppe (BAB V2).

Ici les contraintes sont différentes : plus de temps pour le développement, mais une contrainte de production en série (10 à 20 pièces par an) et de maintenabilité. Les cartes d'évaluation type Nucleo sont très pratiques pour faire des prototypes uniques et pour  mettre au point rapidement une fonctionnalité, mais sont des outils complexes, et elles subissent les stratégies commerciales des fondeurs, et peuvent être frappées d'indisponibilité sans préavis. De ce fait, pour cette deuxième version, il était préférable de concevoir un circuit 100% analogique (et puis ... Léo préférais de l'analogique).

J'ai repris le synoptique de la première version, et j'ai remplacé la carte Nucleo par un générateur de PWM analogique. Sans aller trop dans les détails techniques:

  • Pour générer le PWM j'utilise un oscillateur à base d'amplificateurs opérationnels, plus versatile et fiable qu'avec un 555,
  • Pour le découpage, je remplace le L6203 (ST, pont en H complet en boîtier traversant) par un BTN8980 (demi-pont en H, Infineon, AECQ, D²PAK, moins cher, plus petit),
  • Connecteurs et potentiomètres montés directement sur le circuit imprimé (protip : ne faites JAMAIS un produit avec des fils à souder entre les cartes et les connecteurs, à monter c'est l'ENFER),
  • J'ai voulu mettre tous les connecteurs et les contrôles sur le dessus du boîtier. Les connecteurs c'est de l'audio, en standard 24mm de haut, les potars sont plutôt à 10mm, donc j'ai une petite carte montée sur des connecteurs HE10 qui rajoutent 14mm pour que tout le monde soit à la même hauteur,
  • La plupart des contrôles de la première version avaient un effet quasi-inaudible, donc on s'est mis d'accord sur 3 contrôles, pas plus (gain, valeur min, valeur max),
  • Le tout rentre dans un boîtier Hammond 1590BB, c'est pas cher et c'est très standard (c'est le boîtier des pédales Electro Harmonix comme la Little Big Muff),

Vue global du routage de la carte BAB V2

Photo de la carte BAB V2 montée

Le circuit BAB V2 monté dans son boîtier

 

La mise au point sur  un circuit purement analogique est très pénible. Pour chaque test d'une  nouvelle valeur, il faut changer un composant sur le PCB, re-tester ... Heureusement,  j'avais effectué suffisamment de simulations en amont pour ne pas avoir à trop retoucher de valeurs ... mais pas suffisamment pour ne pas avoir  besoin de faire des corrections et donc de fabriquer un nouveau circuit  imprimé 🙁 Mais comme Léo avait quelques retours à l'utilisation (je lui avait envoyé un proto pour qu'il l'essaye sur un vrai instrument) j'en ai profité pour intégrer les modifications qui lui semblaient nécessaires, donc l'un dans l'autre il valait mieux que je fasse une nouvelle version du PCB. De toutes façons, des modifications de comportement étaient inévitables, vu que je n'ai pas d'instrument pour tester le rendu "en conditions", et que j'utilise une charge active pour simuler le moteur, ce qui permet d'éprouver le hardware, certes, mais ne permet pas de voir comment ça se comporte en vrai avec un vrai instrument mécanique derrière.

Pour l'instant nous en sommes là : j'ai un design de carte qui marche, il ne reste plus qu'à fabriquer 😀

Cette deuxième version du boîtier suiveur d'enveloppe a été entièrement faite au Lab. J'ai fabriqué le PCB avec notre chaîne de fab (typon, insolation, gravure, perçage à la perceuse inversée, la totale), j'ai monté les composants à la refusion (bon, ok, uniquement le BTN en D²PAK et son ami le MOSFET de protection d'inversion de polarité en DPAK, le reste j'ai soudé à la main, je préfère) et j'ai usiné les boîboîtes à la perceuse à colonne en zone méca :p C'était très pénible, pour la vraie prod' j'envisage plutôt y aller à la CNC. Et les PCBs je vais les faire fabriquer, pour quelques dizaines de pièces c'est préférable. Et pour le montage des composants, il va bien falloir que j'apprenne à me servir de la machine de pose de CMS qu'on a à côté du four à refusion \o/

Affaire à suivre, donc ...

Il est à noter que, en parallèle de ce projet (la BAB première version), nous avions emprunté à Léo 8 de ses Hurgy Toys (des mini-vielles à 3 cordes avec un petit moteur, dans des petites boîtes en bois, elles sont toutes mignones <3 <3 <3) pour réaliser deux instruments que nous voulions utiliser pour une performance à la Nuit Noire. Cet instrument a un nom : HURGYTRON !

L'idée : 4 Hurgy Toys pour moi, 4 pour Émilien, et chacun développe sa commande pour les 4 moteurs. J'ai conçu et fabriqué une carte de puissance pour pouvoir driver les moteurs. Les moteurs des Hurgy Toys étant beaucoup plus petits que celui de la BAB, j'ai fait un circuit très simple et compact, à base d'un demi pont en H en SO-8 de chez Rohm (les seuls que j'ai trouvé dans un boîtier pratique et qui découpent dans la puissance qui convient).

Émilien est parti sur une commande à base de carte Teensy, sur laquelle il a codé un séquenceur, chaque Hurgy Toy ayant un pattern dédié modifiable en temps-réel, de façon à créer des poly-rhytmies.

De mon côté, j'ai utilisé une carte ST Discovery avec un STM32F746 (grosse grosse bête) qui a le grand avantage d'avoir un codec audio déjà présent sur la carte, avec tout ce qu'il faut dans MBED pour le mettre en œuvre :p J'ai donc codé un petit programme d'analyse de spectre de mon cru (très très cru) qui découpe le son entrant en quatre bandes de fréquence, et fait tourner les Hurgy Toys proportionnellement à l'amplitude de chaque bande. Je branche ma guitare électrique 8 cordes en entrée ... Et ça fait n'importe quoi :p Et c'est éminemment drôle à utiliser, malgré l'absence totale de contrôle sur le comportement de l'engin 😀

21Fév/18Off

FEDERATION sera au lab le jeudi 1er mars prochain

Posted by Damien Hartmann

Depuis le mois de décembre, l'un des box entreprise est occupé par l'association Open Space Makers, qui porte l'initiative FEDERATION, initiée par le CNES lors du dernier salon du Bourget. L'association fait un tour de France entre le mois de janvier et le mois de juin, 11 dates sont prévues et naturellement l'une d'entre elles se déroulera au lab.

FEDERATION vise à créer, soutenir et animer un écosystème spatial au niveau national et capable de développer des savoir-faire, des connaissances et du matériel spatial libre de manière collaborative, ouverte et responsable.

Le tour de France sera l’occasion de présenter plus en détails le projet FEDERATION, de recueillir les retours des participants, et de lancer l’idée que oui, il est possible de fabriquer du hardware spatial open source en France, et qu’on y encourage tous les passionnés !

Le rendez-vous à l'Electrolab est fixé au jeudi 1er mars à partir de 20h au 52 rue Paul Lescop à Nanterre. Pour l’occasion, une soirée de lancement sera organisée en compagnie d’un représentant du CNES et des représentants de l’association Open Space Makers pour présenter l'initiative FEDERATION. Des discussions endiablées seront organisées pour lancer les prémisses des futurs projets portés par les membres de l'Electrolab. Et la soirée se conclura dans la joie et la bonne humeur autour d’un verre pour permettre à chacune et chacun de partager avec les autres participants.

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10Jan/18Off

Open embroidery

Posted by Sebastien

Ou comment transformer une machine à coudre en brodeuse.

C’est un projet que nous avons démarré à deux fin décembre 2015 au sein de l’Électrolab.

Nous sommes un binôme issu de l’équipe Électrolab de la coupe de France de robotique. À l’époque nous cherchions un projet sympa et utile sur lequel travailler sur le long terme, qui nous permettrait d’apprendre de nouvelles techniques et que nous pourrions publier en open source.

L’Électrolab venait à cette époque d’accueillir les premiers outils de l’espace textile (machine à coudre et surjeteuse) puis, l’activité augmentant, la question s'est alors posée d’équiper l'association en brodeuse numérique.

Autant le dire directement : l'état du marché pour ce type d'équipement n'est guère engageant, et toutes les solutions disponibles ont deux points communs : les machines sont extrêmement coûteuses et tout y est absolument propriétaire, tant du côté du matériel que du logiciel. Par conséquent, même en faisant un très gros effort d'investissement afin de nous doter d'une machine, il aurait ensuite été très difficile de l'entretenir et tout simplement impossible de la faire évoluer.

En bons acteurs du "libre hardware" nous avons cherché des alternatives accessibles et ouvertes. En vain.

Assez rapidement, l'idée d'une approche originale a germé dans nos esprits : une part importante du coût d'un tel système réside dans la mécanique liée au mouvement de l'aiguille (moteur, entraînement, colonne de guidage de l'aiguille...), or, tout ceci est absolument commun avec une simple machine à coudre conventionnelle qu'il est facile de trouver à vil prix, par exemple pendant les vide-greniers.

Nous avons donc décidé d'envisager le problème sous l'angle non d'une machine à part entière, mais d'un "module additif" qui pourrait être ajouté à toute machine à coudre standard.

Bien que n’ayant jamais vu ou utilisé de brodeuse, nous nous sommes lancés dans l’aventure avec plusieurs objectifs :

  • Le système doit être ouvert, les plans disponibles sur internet pour que d’autres puissent s’en emparer, en comprendre le fonctionnement et l’adapter à leurs usages.
  • La fabrication doit être accessible à tout amateur ayant accès à un hackerspace ou fablab.
  • Le module de broderie doit être solidaire de la machine (pas un bloc posé a coté).
  • Il doit être rapidement et simplement démontable.
  • Aucune modification ne doit être effectuée sur la machine à coudre.
  • Son coût doit rester raisonnable pour un particulier ou une association.

Les premiers tests sur ce que nous appelons un « proof of concept » (POC) furent effectués le soir du nouvel an 2015, un prototype ayant été fabriqué dans la journée avec des pièces glanées dans le lab. Goulottes électriques, chutes de planches, cartes électroniques génériques, ce module, qualifié plus tard par un visiteur de « dirtyest hack ever », donna des résultats très encourageants.

Les années suivantes nous permirent d’améliorer ce prototype.

Il fallut pour cela comprendre le fonctionnement d’une machine à coudre, concevoir une mécanique fiable et simple à fabriquer, dessiner une carte électronique de contrôle, la programmer et développer un logiciel de pilotage par ordinateur.

Le développement d’un logiciel de dessin spécifique aux besoins de la broderie fut aussi une nécessité étant donné le manque de solutions libres dans ce domaine.

Le premier modèle faisait la part belle à l’impression 3D. Il était fiable et simple mais souffrait de plusieurs défauts :

  • La souplesse des éléments imprimés et le jeu entre certaines pièces limitaient la vitesse de broderie (au-delà, les vibrations faisaient perdre en qualité).
  • Certaines pièces en métal étaient compliquées à fabriquer.
  • La fabrication des pièces nécessitait environ 10h d’impression 3D.
  • Certains éléments étaient difficiles à sourcer (fournisseurs changeants), long à approvisionner et leur qualité trop variable.
  • L’électronique était construite autour d’une carte de test sur laquelle nous n’avions aucun contrôle.

Aujourd’hui nous développons une nouvelle version plus rigide, fiable, simple et rapide à fabriquer.

Le châssis étant maintenant basé sur une structure en plexiglas découpé au laser et guidé par des rails industriels légers, les premières broderies de cette machine sont bien meilleures et le résultat est tout à fait comparable à celui obtenu avec les machines du commerce.

Les plans de la mécanique sont publiés sur le site web du projet http://openembroidery.com, le logiciel est disponible sur le dépôt de code de l'Electrolab https://code.electrolab.fr mais la carte électronique et son logiciel étant encore en cours de développement (les plans de la dernière version ne sont pas encore accessibles).

Nous travaillons sur ce projet sur notre temps libre, comme un hobby et il avance au rythme de notre motivation et sans objectif commercial.

Si vous voulez contribuer ou fabriquer votre propre machine n’hésitez pas à nous contacter contact@openembroidery.com ou à venir directement au lab.

19Nov/17Off

Our next rocket: Betelgeuse

Posted by Damien Hartmann

Le travail a commencé sur la prochaine fusée expérimentale de l'Electrolab, baptisée Bételgeuse, du nom d'une étoile située dans la constellation d'Orion. Au passage, l'équipe "fusex" a été renommée Electrolab Ad Astra, et compte maintenant une dizaine de membres, ainsi que sa propre page Facebook.

Forts de l'expérience accumulée avec le lancement de l'Alpha Rocket, et de nouveaux membres dans l'équipe, nous avons des ambitions à la hausse pour Bételgeuse. Lors d'une visioconférence qui s'est tenue le 30 octobre dernier, nous avons statué sur les différents segments de cette fusex. 3 éléments en particulier seront novateurs pour nous :

  • un système de séparation, qui permettra de détacher à l'apogée la coiffe du premier étage. L'objectif est de commencer les études sur une fusée bi-étage, et en 2019 passer à une fusée avec un deuxième étage propulsé.
  • un parachute contrôlé pour la descente, avec pour objectif de pouvoir atterir sur un point précis au sol.
  • une charge utile dans la coiffe qui n'est pas développée par l'équipe, mais par des élèves de BTS du lycée Jean Perrin à Saint-Ouen-l'Aumône. Deux modules sont prévus, un tube pitot pour la mesure d'accélération, et un module de trajectographie.

Jusqu'à fin décembre, le travail est maintenant principalement consacré au design des différents segments. La méthode empirique de design est d'ores-et-déjà utilisée au lab pour la conception du parachute, inspiré par une voile rogallo du type de celle du parachute Beamer. Merci aux différents contributeurs occasionnels qui se joignent aux travaux, pour contribuer à une tâche ou une autre !

  

 

Derrière les travaux sur Bételgeuse, nous avons maintenant un objectif long terme qui oriente nos travaux et la conception des fusées : développer un lanceur open source permettant de mettre en orbite basse des nano satellites. C'est un objectif ambitieux, et la partie du moteur est un sujet épineux à traiter. Mais s'il y a bien une chose que nous avons apprise avec l'Alpha Rocket, c'est qu'avec de la persévérance et de la passion, on peut atteindre n'importe quel objectif !

 

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29Juil/17Off

We have a lift-off!

Posted by Damien Hartmann

Après deux ans de travail et au terme d'une semaine de travail acharné et d'ascenseurs émotionnels violents, nous y sommes arrivés : la fusée expérimentale Alpha Rocket de l'Electrolab a décollé !

Il n'y avait pas forcément grand monde qui y croyait : lors de la dernière Rencontre des Clubs Espace de l'année, le point de passage organisé par Planète Sciences (PlaSci) pour valider que les projets de fusée pourront être lancés lors de la campagne nationale C'Space de mi-juillet, notre suiveur de projet nous avait fait remarquer que ce serait seulement au prix d'un immense coup de collier dans la dernière ligne droite que nous arriverions à lancer. Et il est clair qu'en voyant encore à l'époque les quelques pièces éparses, nous n'étions nous-mêmes pas hyper confiants sur notre capacité à défier la gravité...

Mais c'était sans compter l'esprit de combativité qui a animé l'équipe, qui s'est battue comme Rocky Balboa pour sortir des cordes et arriver au bout des nombreux obstacles qui restaient encore. L'un des gros sujets a été la découpe de la porte d'éjection du parachute, réalisée par découpe plasma, et sur laquelle j'ai dû longuement m'exercer avant de me lancer, rempli d'appréhension, dans la découpe du tube final. Je n'avais pas le droit à l'erreur, nous n'avions pas de tube de remplacement !

Finalement, avec le support psychologique de Nico et Zakaria, le résultat s'est avéré OK - découpe pas très propre, mais la forme générale était bien là, et l'écart entre la trappe et le tube était similaire à ce que nous aurions obtenu en découpant à la scie. Reste qu'il a fallu limer un bon coup pour réduire les aspérités.

Les ailerons et leur intégration ont aussi été un gros sujet. Avec la guidance et le marteau de Steve notre carrossier spatial, nous sommes arrivés à un résultat qui nous semblait satisfaisant, plus ou moins validé sur photos par PlaSci, et finalement pendant la campagne C'Space, c'est le point qui a été validé le plus rapidement. Nous avons quand même appris après le lancement qu'on avait fait rire toute l'équipe de suiveurs PlaSci avec nos ailerons redressés au marteau de carrossier....

Dans les deux dernières semaines, nous avons mobilisé nos week-ends et deux soirées par semaine, pour culminer en une journée entière au lab le 14 juillet, la veille du départ. Il restait encore la quasi totalité de l'intégration à réaliser, et Nico s'est lancé à la découverte de la découpe laser pour réaliser des structures de support des cartes électroniques en plexiglass. Pendant ce temps, Zakaria s'activait sur la télémétrie basée sur du Lora, tandis que Vivien perçait et fraisait des trous pour les jacks de mise en marche des expériences, que Mohcine finalisait de chez lui le soft de contrôle de roulis, et que je travaillais sur les derniers détails du système de récupération.

  

Et au soir du 14 juillet, bien fatigués de la journée, tout a été rangé dans le coffre de la voiture...

Le samedi, 11h de route pour arriver au Camp de Ger, base du 1er Régiment de Hussards Parachutistes près de Tarbes, où se déroulait pour la troisième année consécutive le C'Space.

Dès le dimanche matin, nous nous lançons sur les dernières tâches d'assemblage de la fusée et sur les derniers détails, dans un bâtiment d'"Assemblage Final" partagé avec de nombreuses autres équipes : il y a au total plus de 40 mini-fusées et 20 fusées expérimentales qui vont se présenter aux contrôles pour lancer pendant la campagne !

Mohcine arrive lundi matin avec le contrôle de roulis, et nous pouvons nous lancer dans les sessions de validation. Le cahier des charges défini par Planète Sciences et le CNES est épais : 93 pages de lignes de conduite à respecter, et la conformité à chacune est vérifiée avant le lancement. On nous disait qu'il fallait au moins compter 4 à 5h de contrôles avant de parvenir à la validation, et c'est en effet au minimum le temps que nous y avons passé, réparti sur plusieurs visites au bâtiment de contrôle, chaque fois avec une montée de tension lorsqu'un test ou une mesure était réalisé, en espérant qu'on soit dans les clous...

  

L'un des gros coups de massue reçus pendant les contrôles a été le rejet du système d'ouverture de la trappe du parachute : la gachette de porte sélectionnée initialement ne permettait pas un ouverture franche de la porte, et même selon la position de la fusée la gachette ne parvenait pas du tout à s'ouvrir. Nous nous en doutions déjà un peu avant d'arriver au C'Space, mais nous avions déjà passé tellement de temps sur l'année écoulée à trouver un système d'ouverture, et il nous restait tellement peu de temps sur la fin, que nous croisions les doigts pour que ça passe... et ça n'est pas passé.

Moralement, ce rejet a été très difficile. On avait peine à imaginer qu'on serait en mesure de revoir un composant aussi critique dans les moins de 3 jours qui nous séparaient du dernier jour du lancement. Nous nous sommes quand même résolus, un peu penauds, à faire le tour des autres équipes pour étudier leurs systèmes d'ouverture de trappe. En moins d'une heure, il était clair que les deux solutions les plus utilisées étaient un servomoteur ou un électroaimant. Le servo aurait été très compliqué à intégrer dans notre design existant, par contre l'électroaimant devait pouvoir passer, en usinant quelques pièces ad hoc. Par quasi miracle, l'excellente équipe de l'ESO disposait d'une petite boîte d'électroaimants, et ils ont accepté de nous en fournir un. 5h plus tard, autour de 23h30 le mardi soir, il était intégré et assorti d'un gros ressort, la trappe parachute s'ouvrait de façon franche et fiable.

Restait encore un travail significatif d'intégration de l'électronique, et quelques péripéties plus loin nous nous retrouvions le mercredi en fin de journée avec une fusée validée. Venait alors l'ultime étape avant le lancement : le vol simulé, où nous répétions devant le responsable des contrôleurs Planète Sciences et le responsable CNES des lancements la totalité de la chronologie que nous avions établie, checklist de toutes les étapes à réaliser avant, pendant et après la mise en rampe jusqu'au lancement. Pendant ce vol simulé, l'ensemble des expériences étaient effectivement testés.

Nous voilà arrivant à 23h mercredi soir devant les contrôleurs, complètement crevés... et avec une chronologie complètement bancale. On doit faire tellement de modifications en direct, les opérations sont tellement peu fluides, que les contrôleurs décident de nous renvoyer revoir notre copie, prendre une bonne nuit de sommeil, et repasser le lendemain matin avec la chronologie bien répétée et huilée. On se rend en plus compte à ce moment que la télémétrie, l'une de nos expériences principales, ne fonctionne pas correctement, et la nacelle qui contient les cartes électroniques du nez de la fusée commence à souffrir des démontages / remontages répétés, avec deux pas de vis sur 4 déjà cassés. Au bout du rouleau, nous continuons quand même à revoir et à perfectionner la chronologie dans notre dortoir jusqu'à 1h30, avant de tomber dans un sommeil troublé.

A 7h le jeudi matin, le réveil sonne, nous prenons un petit déjeuner en 4e vitesse et retournons à la salle d'intégration avant 8h. Nous avons 3 plans pour faire fonctionner la télémétrie correctement, si à 9h30 elle ne fonctionne toujours pas nominalement nous la désactiveront purement et simplement. Zakaria travaille sur le sujet sous grosse pression, pendant que Nico et Vivien cherchent comment lancer la GoPro embarquée sans avoir besoin de démonter la nacelle.

11h, nous nous dirigeons vers la salle de contrôle du vol simulé. La télémétrie fonctionne, notre chronologie a été simplifiée et répétée... Après encore une petite frayeur et un ajustement de dernière minute sur le déploiement du parachute au bout de la sangle, notre fusex est validée pour le lancement ! Je vis le moment solennel de signature du cahier des charges par Planète Sciences et le CNES comme en flottant, toute la tension des derniers jours semblant être tombée d'un coup, et en même temps une nouvelle excitation mêlée d'appréhension montant en moi.

Nous arrivons sur la zone de lancement autour de 13h30, et c'est à l'arrière d'un camion de l'armée, bien secoués sur les chemins agricoles, que nous sommes transférés vers la rampe.

Les opérations de mise en rampe se passent nominalement, et c'est le moment où l'on se rend compte de toute l'importance de la chronologie : on est tellement pris par la fatigue, l'émotion et l'excitation que sans cela, on aurait forcément oublié des étapes ! Une fois la fusée en rampe, nous retournons vers le pupitre de lancement, à environ 200 mètres de la zone de lancement, tandis que les pyrotechniciens du CNES vont installer le propulseur dans la fusée.

Quand ils reviennent, l'un d'entre eux me tend un boîtier de contrôle, il tient un bouton appuyé, je dois appuyer sur l'autre lorsque le décompte final se termine... 3, 2, 1, lancement ! La fusée s'envole et disparaît dans les nuages 300-400 mètres au-dessus de nous en moins de 3 secondes. Dans le silence imposé pendant un lancement, on entend une dizaine de seconde plus tard le "plop" qui annonce le déploiement du parachute. 40 ou 50 secondes plus tard, qui nous semblent des heures, on aperçoit la fusée qui sort des nuages, en train de faire des spirales sous parachute, à une vitesse de descente qui semble nominale. La vague de soulagement et de joie qui nous parcourt est phénoménale, conclusion de deux ans d'efforts et de persévérance, et d'une semaine de folie !

 

Le reste de l'après-midi se déroule comme sur un petit nuage, et se conclut vers 19h par la récupération de la fusée, tombée à peine à 300m de la rampe de lancement, un peu amortie par un lit de fougères. Si le tube en plexi s'est sectionné au moment de l'atterrissage, toute la partie en alu a parfaitement résisté : le système de contrôle de roulis est même encore parfaitement opérationnel !

La devise de notre participation à la campagne C'Space : "no pain, no gain!" Après les efforts à fournir tout au long de ces deux années, la persévérance nécessaire pour continuer à prendre sur nos temps personnels respectifs au-delà de la décision en juin 2016 de repousser à l'année suivante notre participation à la campagne, le dernier mois de travail au lab très intense et la semaine de C'Space complètement folle, la satisfaction et l'enthousiasme retrouvés dépassent largement tout ce que nous avons eu à dépasser pour en arriver là ! Et au-delà d'avoir vécu des expériences personnelles extrêmement enrichissantes, en tant qu'équipe nous avons forgés des liens très proches, aussi bien dans le "core group" des 5 participants au C'Space qu'avec l'équipe élargie au sein de l'Electrolab qui nous a soutenus et directement aidés et conseillés. Après tout ça, nous comptons bien continuer le travail et commençons déjà le brainstorming autour de la "Beta Rocket" !

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22Juin/17Off

Fly me to the moon

Posted by Eric

Pour être tout à fait exact, la lune n'est pas un objectif, et vu que cela a déjà été fait, ce n'est plus vraiment considéré comme un challenge 🙂
Mais ce n'est pas pour autant que l'Électrolab n'œuvre pas dans le domaine du spatial. En effet dès 2011, les (quelques) membres historiques ont envisagé de contribuer à la réalisation d'un microsatellite. L'expérience "scientifique" envisagée consistait à prendre des photos à l'aide d'un capteur CCD et de renvoyer ces images sur terre par liaison radio. L'aventure s'était toutefois arrêtée prématurément peu après la rédaction du cahier des charges, notamment du fait que la réservation d'une place pour le satellite sur un lanceur (russe) n'a pas pu se concrétiser.

It's rocket science
Depuis trois ans, un autre groupe de membres s'attelle consciencieusement à la conception d'une fusée expérimentale de dimensions honorables appelée « AlphaRocket » dont plusieurs articles ont déjà été présentés dans ces colonnes (octobre 2016, avril 2017) et sur le wiki. Le lancement est prévu pour l'été 2017. Un billet dédié à cet événement sera publié sur ce blog. Nous souhaitons tous nos vœux de succès à ce premier lancement.

Space oddity
Mais l'histoire n'étant qu'un éternel recommencement, une nouvelle contribution de l'Électrolab au domaine spatial à débuté ce printemps avec pour objectif d'installer dans nos locaux une station de contrôle mutualisée pour le suivi et le pilotage de deux microsatellites français appelés "X-CubeSat" et "SpaceCube" lancés de la station Alpha (désormais ISS) en mai 2017.
Une station de réception et de contrôle de satellite défilants comporte a minima un système d'antennes directives pilotables en site et en azimut, des émetteurs et récepteurs radiofréquences ainsi que tous les logiciels de trajectographie et de communication numérique adaptés aux échanges de données avec les satellites.

Construction de la baie de commande des antennes orientables et du mât télescopique électrique

Système d'antennes orientables en site et en azimut installé sur le bâtiment de l'Électrolab. Le mât est autoportant et rétractable

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le chantier le plus conséquent a consisté à ériger un mât télescopique électrique autoportant (de qualité militaire) surmonté du système d'antennes sur le toit de notre bâtiment. Quand on sait que le mât et son support pèsent près de 300 kg, il faut toute l'astuce et l'abnégation des membres de l'Électrolab pour mener à bien en un temps record un tel projet. La location de moyens de manutention lourds a été nécessaire pour œuvrer en toute sécurité à plus de 10 mètres de hauteur. Toujours est-il que le mât est ses antennes sont désormais opérationnels et la réception des données des satellites a déjà commencé.
Consultez le forum du lab pour obtenir des informations détaillées relatives à la station de contrôle de satellites située dans nos locaux.

Essais au sol de remise en service du mât télescopique électrique

Comme d'habitude, on ne lésine pas sur l'utilisation de gros moyens : ici une nacelle télescopique de 20 mètres

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Utilisation de la nacelle téléscopique pour l'installation du mât d'antennes

 

Going further
L'histoire des satellites amateurs, précurseurs de ceux que nous suivons actuellement avec notre station, a commencé dès 1961 avec "OSCAR I", soit seulement quatre années après le lancement du tout premier satellite artificiel (Spoutnik 1) en 1957 par l'U.R.S.S.
Sur le site de l'AMSAT (en anglais), vous pouvez découvrir quelques uns des faits marquants de l'histoire des satellites amateur.

Pour les personnes intéressées par les technologies mises en œuvre dans le domaine spatial et plus généralement l'odyssée spatiale passée et à venir, vous pouvez consulter la rubrique "rocket science" et le site (en anglais) d'un personnage hors du commun qui a fait le buzz dès 1969, en allant faire quelques pas sur la lune.

8Avr/17Off

Moving forward, before moving upward

Posted by Damien Hartmann

Nous sommes toujours en course pour lancer l'Alpha Rocket de l'Electrolab en juillet prochain : il reste à peine plus de trois mois !

Parmi les nouvelles du projet depuis fin octobre, nous sommes très heureux d'avoir été rejoints par Zakaria et Vivien, qui apportent chacun des compétences précieuses en électronique, et une nouvelle dynamique à l'équipe.

Plein d'avancées ces derniers mois :

  • du côté de la télémètrie, nous avons finalement abandonné le Xbee, notamment parce que l'un des deux modules acquis initialement était en panne et qu'il n'était plus disponible à la vente. Nous sommes passés au protocole LoRa, avec deux modules dont la portée a été testée avec succès lors d'une froide soirée de janvier jusqu'à une portée de près d'un kilomètre. Avec une apogée autour de 1,5km, et compte tenu de la position du centre de contrôle et de la descente sous parachute, nous estimons avoir besoin d'une solution dont la portée atteint 3km.

Le test en cours d'un module LoRa : on ne voit pas Zakaria sur la photo, frigorifié 1 km plus loin au bout de la rue !

  • La partie mécanique du système de contrôle du roulis est prête, il ne manque que les ailerons. Et côté logiciel, il manque le logiciel !

  • Des tests ont été faits pour l'impression du support du miroir en forme de cône qui va permettre la prise de vue à 360°, à partir d'une simple mini-caméra 2D.

  • Le parachute a été découpé, cousu, et testé avec succès !

Ça aurait pu s'appeler "Atelier couture pour l'espace" !

La soufflerie dernier cri de l'Electrolab

  • Le PCB du séquenceur est prêt, le buzzer intégré, et nous avons enfin trouvé le dispositif final qui permettra l'ouverture de la porte d'éjection : une simple gâchette de porte, qui grâce à un ressort intégré se comporte exactement comme nous le voulons (ce n'était pas le cas du précédent solénoïde).

  • Le support et la case éjectable du parachute sont prêts, après de multiples tentatives d'impression 3D infructueuses : un grand merci à Vincent et Xavier pour leur aide et leurs conseils sur le sujet !

  • Et enfin, l'électronique de la trajectographie a fait un bon en avant, permettant en passant à Vivien de découvrir un nouveau pan des mathématiques qu'il ne connaissait pas  (le quaternion), tout en contrôlant que tous les composants acquis il y a plus d'un fonctionnent encore. Plus de détails sur le sujet dans le wiki.

Le schéma du système de trajectographie

La prochaine grosse étape, c'est l'intégration de tous ces éléments. Une réunion de toute l'équipe est prévue sur le sujet au lab le 29 avril prochain, puis nous aurons en ligne de mire la 3e rencontre des clubs espace des 3 et 4 juin où Planète Sciences donnera le go / no go pour la participation à la campagne de lancement.

Ces avancées sont super enthousiasmantes : nous comptons bien porter les couleurs de l'Electrolab plus haut qu'elles ne sont jamais allées d'ici le 21 juillet prochain !

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